Publié le 10 mai 2024

Contrairement à la croyance populaire, le terme « biodégradable » ne signifie pas « sans danger pour les lacs » ; il garantit seulement que le produit se décomposera, mais souvent trop lentement pour éviter de nuire à l’écosystème.

  • Tous les savons, même naturels, contiennent des tensioactifs qui détruisent la protection des branchies des poissons et favorisent les algues bleues.
  • La véritable protection de nos cours d’eau n’est pas le type de savon, mais l’utilisation du sol comme station d’épuration naturelle, à une distance minimale de 60 mètres.

Recommandation : Adoptez une hygiène minimaliste (la « toilette de chat ») loin de l’eau et considérez le sol comme votre allié le plus précieux pour filtrer vos eaux savonneuses avant qu’elles n’atteignent le lac.

L’image est familière : un campeur, soucieux de son empreinte, choisit avec soin un savon portant la mention « biodégradable ». Il se lave dans une rivière cristalline, convaincu de faire un geste pour la planète. Cette intention est louable, mais la réalité chimique est brutale. Ce geste, répété des milliers de fois chaque été dans les parcs du Québec, contribue directement à la dégradation des écosystèmes aquatiques que l’on cherche à préserver. Le marketing écologique a semé une confusion dangereuse, faisant croire que certains produits nous absolvent de nos responsabilités.

Les discussions tournent souvent autour du meilleur produit à acheter : savon de Marseille, savon en barre spécialisé, liquide concentré… Pourtant, cette question est secondaire. Le véritable enjeu n’est pas le « quoi », mais le « comment » et le « où ». L’idée reçue est que le danger réside dans les ingrédients synthétiques. La vérité, c’est que la molécule de savon elle-même, quelle que soit son origine, est un agent actif qui perturbe l’équilibre fragile d’un lac ou d’une rivière.

Mais si la clé n’était pas de trouver le savon parfait, mais de comprendre le rôle fondamental que joue le sol ? Cet article adopte le regard d’un chimiste de l’environnement pour déconstruire le mythe du « savon écolo ». Nous allons voir pourquoi la distance de 60 mètres n’est pas un chiffre arbitraire, mais une nécessité scientifique dictée par la géologie du Bouclier canadien. Nous analyserons ce que « biodégradable » signifie réellement dans les eaux froides de nos lacs et comment les principes Sans Trace sont, en fait, un protocole de protection chimique à la portée de tous.

Ce guide vous fournira les connaissances et les techniques pour gérer votre hygiène personnelle, votre vaisselle et même vos besoins naturels, non pas en fonction d’une étiquette sur une bouteille, mais en fonction des lois immuables de l’écologie et de la chimie. Vous découvrirez comment devenir un véritable gardien de nos cours d’eau.

À quelle distance exacte du cours d’eau devez-vous disposer de vos eaux savonneuses ?

La règle d’or, martelée par tous les guides de plein air, est de s’éloigner de l’eau. Mais pourquoi ce chiffre précis ? La directive n’est pas arbitraire ; elle est une prescription scientifique basée sur la capacité de filtration du sol. Selon les recommandations de l’organisme de référence, il faut respecter une distance minimale de 60 à 70 mètres (environ 200 pieds) de tout lac, rivière ou source d’eau. Cette distance représente la zone tampon nécessaire pour que le sol agisse comme une station d’épuration naturelle.

Au Québec, une grande partie du territoire repose sur le Bouclier canadien, caractérisé par une couche de sol organique (humus) relativement mince recouvrant le roc. Lorsque vous versez de l’eau savonneuse sur ce sol, les micro-organismes, les racines et les différentes couches de terre travaillent de concert pour dégrader les tensioactifs et filtrer les phosphates avant que l’eau ne rejoigne la nappe phréatique, puis le lac. À moins de 60 mètres, le sol n’a tout simplement pas le « temps » ni la « profondeur » nécessaires pour accomplir ce travail d’épuration. L’eau contaminée s’infiltre alors directement dans le cours d’eau, annulant tous les bénéfices de votre éloignement.

Coupe géologique montrant la filtration des eaux savonneuses à travers les différentes couches de sol du Bouclier canadien

Visualiser cette distance sur le terrain peut être difficile. Voici quelques techniques adaptées au contexte québécois :

  • La méthode des 90 pas : Un adulte de taille moyenne fait des pas d’environ 75 cm. Comptez 90 pas normaux pour vous assurer d’être à une distance sécuritaire.
  • Le repère canot : Un canot d’expédition standard mesure environ 5 mètres. Visualisez mentalement 14 longueurs de canot bout à bout.
  • La technique des arbres : Dans la forêt boréale, les épinettes sont souvent espacées de 3 à 4 mètres. Visez une ligne droite d’environ 20 arbres pour estimer la distance.

Savon de Marseille ou liquide spécialisé : lequel se dégrade vraiment en 28 jours ?

Le terme « biodégradable » est l’un des plus grands malentendus du camping écologique. Il ne signifie pas « inoffensif », mais simplement que le produit peut être décomposé par des micro-organismes. La question cruciale est : en combien de temps et dans quelles conditions ? Les tests de biodégradabilité sont standardisés en laboratoire à 20°C, une température rarement atteinte par les lacs québécois. La réalité sur le terrain est bien différente.

Comme le démontre une analyse comparative, la dégradation est drastiquement ralentie par les basses températures de nos écosystèmes. Un savon qui se dégrade en 28 jours en laboratoire peut prendre deux à trois fois plus de temps dans l’eau froide d’un lac de la SÉPAQ. Pendant toute cette période, ses composants restent actifs et nocifs. Le principal coupable est la molécule de tensioactif, présente dans TOUS les savons, qu’ils soient de Marseille, artisanaux ou industriels. Ces molécules ont une tête qui aime l’eau et une queue qui aime le gras. C’est ainsi qu’elles nettoient, mais c’est aussi ainsi qu’elles endommagent la couche de mucus protectrice sur les branchies des poissons, les rendant vulnérables aux infections et suffoquant les plus petits.

De plus, de nombreux savons, même « bio », contiennent des phosphates. Ces composés sont un super-engrais pour les algues. Une étude menée en Mauricie a clairement établi le lien : l’utilisation de savons, même certifiés, favorise l’eutrophisation, un phénomène où l’excès de nutriments provoque une prolifération d’algues. Au Québec, plus de 150 lacs sont touchés chaque été par les fleurs d’eau de cyanobactéries (algues bleues-vertes), un problème directement exacerbé par ces apports invisibles.

Le choix du savon est donc moins important que la méthode. Cependant, pour une dégradation plus rapide dans le sol, les savons artisanaux saponifiés à froid et sans phosphates restent le meilleur compromis, comme le montre ce tableau.

Comparaison des temps de dégradation réels en conditions québécoises (source: Terre à Soi)
Type de savon Dégradation laboratoire (20°C) Dégradation réelle Québec (5-15°C) Présence phosphates
Savon de Marseille véritable 21-28 jours 45-60 jours Non
Savon camping liquide commercial 28 jours 60-90 jours Variable
Savon artisanal saponifié à froid 14-21 jours 30-45 jours Non
Gel douche biodégradable 28-35 jours 75-120 jours Souvent

La toilette de chat efficace : comment rester propre avec 1 litre d’eau ?

Renoncer à la baignade savonneuse dans le lac ne signifie pas renoncer à l’hygiène. La solution est la « toilette de chat », une technique de lavage par zones qui permet de rester propre avec une quantité d’eau et de savon minimale, le tout loin du cours d’eau. Cette méthode est non seulement écologique, mais aussi très efficace pour prévenir les irritations et les infections en longue randonnée. Le principe est simple : on utilise un petit récipient (une gourde, un bol pliable) et une débarbouillette pour se laver par sections, en commençant par le plus propre (le visage) et en terminant par le plus sale (les pieds).

Cette approche est validée par les experts en randonnée ultra-légère, qui maîtrisent l’art de l’efficacité. Comme le résume le guide de référence Randonner Léger :

On peut se laver sommairement sous la tente avec très peu d’eau, environ 2 verres, dans un récipient en utilisant une éponge végétale et en se la passant sur tout le corps en commençant par le visage.

– Guide Randonner Léger, Wiki Randonner Ultra-Léger France

Le secret réside dans le contrôle de l’eau et du savon. Une seule goutte de savon concentré suffit pour une large zone. L’eau est utilisée pour humidifier la débarbouillette, puis pour la rincer avant de l’appliquer sur la peau pour enlever le savon, et non en la versant directement sur le corps. Une fois la toilette terminée, l’eau savonneuse récoltée dans votre récipient doit être dispersée à plus de 70 mètres de toute source d’eau.

Votre plan d’action : l’hygiène efficace avec 1 litre d’eau

  1. Visage (100ml) : Humidifiez une débarbouillette microfibre, appliquez une seule goutte de savon, nettoyez le visage et le cou, puis rincez la débarbouillette pour l’essuyage.
  2. Aisselles et torse (200ml) : Savonnez les zones de transpiration intense avec la débarbouillette, puis rincez par sections pour économiser l’eau.
  3. Zone intime (300ml) : Utilisez la technique du « bidet de randonneur » avec une bouteille d’eau au bouchon percé pour un rinçage ciblé et efficace.
  4. Pieds (200ml) : Insistez sur le nettoyage entre les orteils pour prévenir les mycoses, et assurez-vous de sécher complètement avant de remettre vos chaussettes.
  5. Mains et cheveux (200ml) : Terminez par les mains. Pour les cheveux, humidifiez seulement le cuir chevelu et massez avec quelques gouttes de savon avant de rincer minimalement.

L’erreur d’utiliser trop de savon qui nécessite des litres de rinçage

L’un des biais cognitifs les plus courants en matière d’hygiène est d’associer une grande quantité de mousse à une meilleure propreté. D’un point de vue chimique, c’est totalement faux. Les molécules de savon (les tensioactifs) agissent en emprisonnant les graisses et les saletés dans des structures microscopiques appelées micelles. Une fois la saleté encapsulée, ajouter plus de savon est non seulement inutile, mais contre-productif : cela ne nettoie pas plus, mais nécessite une quantité d’eau de rinçage beaucoup plus importante, augmentant ainsi le volume d’eaux grises à gérer.

Les fabricants de savons de camping le savent bien. Leurs produits sont ultra-concentrés. Une seule goutte peut suffire pour se laver les mains ou même le corps entier. Il est souvent indiqué que les savons outdoor concentrés nécessitent seulement quelques gouttes pour un lavage complet, parfois avec une recommandation de dilution de 1:20. Ignorer cette concentration est une erreur courante qui a des conséquences écologiques mesurables.

Le concept de charge polluante cumulative est ici essentiel. Un campeur utilisant 10ml de savon en trop peut sembler anodin. Mais multiplions cela par le nombre de visiteurs d’un parc populaire. Une étude de cas de Sans Trace Canada sur le parc national de la Mauricie, qui accueille plus de 200 000 visiteurs par an, est éclairante. Si chaque campeur utilisait ne serait-ce que 10ml de savon en excès par jour durant un séjour de 3 jours, cela représenterait 6000 litres de savon pur déversé inutilement dans l’environnement chaque saison. Même s’il est « biodégradable » et dispersé loin de l’eau, ce volume dépasse largement la capacité de filtration et d’absorption des sols, contribuant à leur saturation et à la pollution à long terme.

L’objectif est donc double : utiliser le moins de savon possible pour être propre, et par conséquent, utiliser le moins d’eau possible pour se rincer. C’est une boucle vertueuse qui minimise à la fois la consommation de ressources et la production de déchets. Le défi n’est pas de se priver, mais de devenir plus précis et efficace dans nos gestes.

Pourquoi votre savon à la fraise est-il un aimant à ours ?

Au-delà de l’impact chimique sur les milieux aquatiques, un autre aspect de l’hygiène en nature est souvent négligé : l’impact olfactif sur la faune. Dans les forêts du Québec, où la cohabitation avec l’ours noir, le raton laveur et d’autres mammifères est la norme, tout ce qui est parfumé devient un signal. Pour un animal sauvage, il n’y a aucune différence entre l’odeur d’une baie sauvage et celle de votre savon « parfum des bois » ou de votre dentifrice à la menthe. Ce phénomène de mimétisme olfactif est une source majeure de rencontres non désirées et dangereuses.

Les ours possèdent un odorat exceptionnellement développé, des centaines de fois supérieur à celui de l’humain. Ils sont naturellement curieux et opportunistes. Un parfum fruité ou sucré est une invitation directe à venir inspecter votre campement. C’est pourquoi le principe Sans Trace insiste sur l’utilisation de produits d’hygiène non parfumés et sur leur entreposage systématique avec la nourriture, dans un contenant anti-ours ou suspendu à un arbre, loin de la tente. L’erreur est de penser que seuls les aliments attirent les animaux ; en réalité, tout ce qui a une odeur forte est un attractif potentiel.

Même si vous vous lavez à 70 mètres du camp, l’odeur de votre shampoing à la pomme reste sur vous et dans votre tente. Il est donc crucial de bannir tout produit parfumé de votre sac de camping. Voici une liste non exhaustive des produits à choisir en version neutre :

  • Savons et shampoings : Opter exclusivement pour des versions non parfumées.
  • Dentifrice : Privilégier le bicarbonate de soude ou les pâtes sans saveur forte.
  • Déodorant : La pierre d’alun est une excellente alternative naturelle et sans odeur.
  • Crème solaire et chasse-moustiques : Choisir des formules sans parfum et les ranger dans un sac hermétique.
  • Baume à lèvres : Éviter les saveurs fruitées (cerise, fraise) au profit de la cire d’abeille nature.

Enfin, il est important de noter que ces parfums, même synthétiques et « biodégradables », ont aussi un impact sous l’eau. Comme le souligne l’organisme Terre à Soi :

Les composés chimiques des parfums de synthèse, même biodégradables, peuvent perturber les comportements des poissons et des invertébrés aquatiques.

– Terre à Soi, Guide du camping Sans Trace

L’erreur de jeter l’eau de vaisselle directement dans le lac

L’impact de notre hygiène ne se limite pas à notre corps. L’eau de vaisselle, souvent perçue comme « juste un peu sale », est en réalité une bombe nutritive pour les écosystèmes aquatiques. Même après avoir enlevé les plus gros morceaux de nourriture, cette eau est chargée de microparticules, de graisses et d’huiles. Ces résidus sont extrêmement riches en azote et en phosphore, les deux principaux nutriments responsables du phénomène d’eutrophisation.

Jeter cette eau dans un lac, c’est comme y déverser un sac d’engrais. Ces nutriments provoquent une croissance explosive des algues et des plantes aquatiques. Cette prolifération bloque la lumière du soleil pour les plantes submergées, et lorsque ces algues meurent et se décomposent, le processus consomme d’énormes quantités d’oxygène dissous dans l’eau. Ce manque d’oxygène crée des « zones mortes » où les poissons et autres organismes aquatiques ne peuvent plus survivre. C’est exactement le même mécanisme qui est à l’origine des redoutées fleurs d’eau de cyanobactéries qui affectent de plus en plus de lacs au Québec.

La bonne pratique pour gérer les eaux grises de la vaisselle est un processus en plusieurs étapes, qui utilise une fois de plus le sol comme filtre. Il ne s’agit jamais de jeter l’eau directement, même à 70 mètres du lac. Il faut d’abord en extraire les solides, puis laisser le sol faire son travail.

  1. Filtrer les solides : Utilisez un tamis fin, une passoire de camping ou même un simple bandana pour verser votre eau de vaisselle à travers. Tous les résidus alimentaires, même les plus petits, doivent être collectés. Ces déchets doivent être traités comme des ordures et rapportés avec vous. Ne les enterrez pas et ne les brûlez pas.
  2. Creuser un puisard : À plus de 70 mètres du cours d’eau, creusez un petit trou de 15-20 cm de profondeur dans un sol riche en matière organique.
  3. Verser lentement : Versez l’eau filtrée lentement dans le trou. Cela permet une absorption et une filtration maximales par les micro-organismes du sol, qui décomposeront les graisses et les nutriments restants.
  4. Disperser (Alternative) : Si le sol est trop dur pour creuser, dispersez l’eau filtrée « à la volée » sur la plus grande surface possible (au moins 10 m²), en privilégiant une zone de végétation dense qui aidera à absorber les nutriments.

L’essentiel à retenir

  • Le terme « biodégradable » ne garantit pas l’innocuité d’un savon dans l’eau ; il indique seulement une décomposition qui est très lente dans les lacs froids du Québec.
  • La règle des 60-70 mètres n’est pas optionnelle : c’est la distance minimale pour que le sol agisse comme une station d’épuration et filtre les polluants.
  • L’impact est cumulatif : l’usage excessif de savon, même par une seule personne, contribue à une charge polluante massive lorsqu’il est multiplié par des milliers de visiteurs.

Trou de chat ou sac à emporter : comment faire ses besoins en forêt dignement ?

La gestion des déchets humains est un sujet délicat mais fondamental de l’éthique du plein air. L’impact n’est pas seulement esthétique ; les excréments humains peuvent contaminer les sources d’eau avec des agents pathogènes (comme le Giardia) et prendre beaucoup de temps à se décomposer, surtout dans les conditions spécifiques du Québec. L’acidité des sols forestiers et la courte saison estivale où le sol n’est pas gelé font que la décomposition est 2 à 3 fois plus lente que dans des climats plus tempérés. La méthode appropriée dépend donc directement de l’écosystème dans lequel vous vous trouvez.

La méthode la plus courante et acceptable dans la majorité des forêts québécoises est le trou de chat. Elle consiste à creuser un trou individuel pour y déposer ses excréments et à le reboucher ensuite. Cependant, cette technique n’est pas universelle. Dans les milieux fragiles où le sol est mince, quasi inexistant, ou trop précieux, il est impératif de tout rapporter. C’est là qu’interviennent les sacs WAG (Waste Alleviation and Gelling), des kits commerciaux qui contiennent un gel solidifiant et désodorisant, permettant de transporter ses déchets de manière hygiénique.

Le choix entre ces deux méthodes n’est pas personnel, il est dicté par l’environnement. Voici un guide pour savoir quelle méthode adopter selon le terrain québécois :

Guide de gestion des déchets humains selon l’écosystème québécois
Écosystème Méthode recommandée Profondeur/Détails Zones concernées
Forêt boréale Trou de chat 15-20 cm dans sol organique Majorité du Québec
Milieu alpin Sac WAG obligatoire Tout rapporter Sommets Chic-Chocs, Charlevoix
Tourbières Sac WAG obligatoire Milieu trop fragile Zones humides protégées
Hiver/sol gelé Sac WAG obligatoire Impossible de creuser Tout le Québec en hiver

Opter pour la bonne méthode est une marque de respect et de connaissance du territoire. Dans les zones à haute fréquentation ou écologiquement sensibles, le « tout rapporter » devient la norme, même en forêt. C’est une contrainte, mais elle est indispensable pour préserver l’intégrité de ces lieux exceptionnels pour les générations futures.

Comment gérer ses besoins naturels en forêt quand il n’y a pas de bécosse ?

Lorsque le trou de chat est la méthode appropriée, le faire correctement est un art qui maximise la décomposition et minimise l’impact visuel et sanitaire. Un trou de chat bien fait est invisible et ses contents se dégraderont le plus rapidement possible. Cela nécessite une petite pelle de jardinage (un outil essentiel de tout kit de camping) et le respect de quelques règles simples.

L’erreur la plus commune est de faire un trou trop superficiel ou trop proche d’un sentier ou d’un cours d’eau. La décomposition se produit principalement dans la couche supérieure du sol, riche en matière organique et en micro-organismes, mais il faut une profondeur suffisante pour éviter que les animaux ne déterrent les excréments. La clé est de trouver le juste milieu, dans un endroit où personne ne risque de camper ou de marcher.

Kit de toilette forestière disposé sur mousse avec mini-pelle, papier biodégradable et désinfectant pour les mains

Voici le protocole complet pour un trou de chat parfait, adapté au contexte québécois :

  1. Choisir l’emplacement : C’est l’étape la plus importante. Il doit être à un minimum absolu de 70 mètres (environ 90 pas) de toute source d’eau, sentier ou aire de campement. Cherchez un endroit discret avec un sol sombre et riche.
  2. Creuser avec technique : Utilisez votre pelle pour découper une motte de terre carrée d’environ 15-20 cm de côté (la hauteur de la lame de votre pelle est un bon repère). Retirez cette motte en un seul bloc et posez-la à côté. Creusez ensuite le trou à une profondeur de 15-20 cm.
  3. Accélérer la décomposition : Une fois vos affaires terminées, utilisez un bâton (pas votre pelle !) pour mélanger les excréments avec la terre au fond du trou. Cela augmente la surface de contact avec les micro-organismes et accélère la décomposition.
  4. Gérer le papier toilette : La meilleure option est de rapporter votre papier usagé dans un sac en plastique opaque et étanche (type Ziploc). Si vous devez absolument l’enterrer, utilisez du papier non blanchi et non parfumé en quantité minimale, et assurez-vous qu’il est bien au fond du trou.
  5. Camoufler parfaitement : Replacez la terre dans le trou, puis la motte de surface par-dessus, comme un couvercle. Tassez légèrement et dispersez quelques feuilles mortes ou brindilles pour que l’endroit retrouve son aspect naturel. Personne ne devrait pouvoir deviner que vous êtes passé par là.

Questions fréquentes sur l’hygiène en nature sans impact

Peut-on uriner directement dans la nature ?

L’urine est moins problématique mais sa concentration attire les animaux (sel). Urinez sur des roches ou aiguilles de pin, en variant les endroits pour éviter d’endommager la végétation.

Que faire du papier toilette utilisé ?

Idéalement, rapportez-le dans un sac étanche. Si vous devez l’enterrer, utilisez du papier biodégradable non blanchi et enfouissez-le dans le trou de chat.

Comment gérer les besoins d’un groupe ?

Chaque personne doit creuser son propre trou, espacés d’au moins 2 mètres. Ne jamais utiliser le même trou pour plusieurs personnes.

En somme, adopter une hygiène respectueuse en nature n’est pas une question de produit miracle, mais une affaire de processus et de compréhension. C’est remplacer l’idée d’un savon « magique » par la connaissance du rôle de filtre du sol. C’est un changement de paradigme où notre responsabilité ne s’arrête pas à l’achat, mais commence avec chaque geste posé en forêt. En appliquant ces principes, vous ne faites pas que protéger un lac ; vous participez activement à la préservation de l’intégrité de tout un écosystème. Votre prochaine étape est d’intégrer ces gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent des réflexes. Mettez en pratique ces conseils dès votre prochaine sortie pour transformer votre impact et devenir un véritable ambassadeur du plein air responsable.

Rédigé par Sophie Bouchard, Biologiste de terrain et photographe animalière. Gardienne des principes Sans Trace, elle éduque les campeurs sur la faune, la flore et l'éthique environnementale dans les parcs du Québec.